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Quels cirques !

Ouverture de saison au Théâtre d’Arles, le temps fort Des cirques indisciplinés offre une programmation des plus prometteuses : les cinq spectacles proposent autant d’univers différents, dans lesquels les figures acrobatiques questionnent le genre humain et la place de l’homme dans un monde en perpétuel changement, avec humour et onirisme.

C’est Mélissa Von Vépy qui ouvre les réjouissances avec L’Aérien, une conférence sur le mythe d’Icare, l’histoire du vol, le rapport du corps à la gravité et l’apesanteur, qui va singulièrement déraper et faire s’envoler la conférencière ! Emportée par sa verve et sa passion pour le sujet, elle décolle de et avec son siège, dans une rêverie aérienne qui illustre et exprime les sensations de la voltige, à la fois légère et pesante, dans un temps suspendu.

 

C’est un tout autre univers, bien terrien, que proposent Juan Ignacio Tula et Stefan Kinsman, avec une roue Cyr. Le duo chorégraphique et fraternel des deux acrobates, jouant de leurs similarités comme de leurs différences, interrogent le paganisme, la religion et le multiculturalisme. Santa Madera s’inspire d’un rituel sud-américain pratiqué par les peuples indigènes (Incas et Quechuas) qui utilisent un bois sacré aux multiples vertus. Au sein d’une arène circulaire faite d’ocre rouge, le tourbillon généré par leur portés et figures giratoires crée une chorégraphie de toute beauté.

 

Seule en scène, avec un mât chinois, Sandrine Juglair met tout en œuvre pour séduire et conquérir le public. Usant de tous les registres, du jeu clownesque au jeu le plus intime, elle témoigne de sa difficulté d’être, entre désir de reconnaissance et résistance aux normes. C’est son propre Diktat qu’elle affronte, sans peur du ridicule, assumant avec un comique singulier ses obsessions, ses angoisses, son désir d’être choisie et consommée.

 

Deux créations

 

Deux spectacles seront créés au Théâtre d’Arles lors de ces Cirques indisciplinés, après des accueils en résidence. Depuis son installation à Arles en 2012, la Mondiale Générale entretient des rapports privilégiés avec le Théâtre qui l’accompagne au gré de ses créations. Le Gros sabordage est la version longue de Sabordage !, ce qui permet aux cinq acrobates de développer plus encore leur cirque humain fait d’équilibres et de situations absurdes, de beauté et d’autodestruction. À l’aide de leur agrès de prédilection, le bastaing (poutre en bois, de tailles et formes différentes), ils feront à nouveau du plateau le lieu de tous les possibles.

 

Accueilli en clôture, le spectacle de Vincent Berhault, Entre, réunit deux comédiens, un danseur et un circassien autour de la frontière, visible ou impalpable, et du franchissement des territoires. Anthropologue de formation, V. Berhault s’est inspiré à la fois de l’aéroport en tant que concentré de notre monde à échelle réduite, et de la vie incroyable de Merhan Karimi Nasseri resté plus de 16 ans au terminal 1 de l’aéroport Charles de Gaulle dans l’attente d’une régularisation administrative. Son regard sur le monde, chargé en émotions, se nourrit aussi de d’un humour bien souvent salvateur.

DOMINIQUE MARÇON

Publié le 13/10/2017


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