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L'Anthropologue et le photographe

« L'humanité n'est pas en ruines, elle est en chantier ». Dans notre monde globalisé, l'autre, l'étranger, n'est plus le même. Comment alors le comprendre et le représenter ? Et comment cela modifie-t-il notre identité propre ? Au coeur de la pensée de Marc Augé, ces questions ont influencé le parcours de l'artiste Marc Lathuillière.

Orchestrée par les interventions écrites et filmées de l'anthropologue, l'exposition développe ce lien sous la forme d'un face à face entre Musée national, série sur la France, et les mises en scène photographiées chez une minorité de Thaïlande.

 

Une rencontre sur l'identité

Pour Marc Augé, notre ère de surmodernité se caractérise par un « rétrécissement de la planète » et une « mise en spectacle » médiatique qui remplace nos anciens lieux de vie par des « non-lieux » génériques, aéroports, hypermarchés ou camps de réfugiés. Dans ce contexte, que deviennent le rapport à l'autre étranger, et le rapport à soi-même, à l'identité ?

Ces questions posées par l'anthropologue, le photographe Marc Lathuillière les a faites siennes depuis le début de son parcours. Elles structurent cette exposition qui fait dialoguer Musée national, tableau encyclopédique d'une France enracinée dans ses lieux de mémoire, avec les deux séries photographiques - The Fluorescent People et Studio Tang Daw - réalisées dans un village de Thaïlande, métonymiques des changements du monde et de la relation à l' «autre ». Un face à face orchestré par les interventions textuelles et vidéo de Marc Augé.
Cette exposition est le fruit d'une rencontre. « Chacune de mes séries - écrit Marc Lathuillière à Marc Augé - est un écho à l'une des étapes de votre approche anthropologique. Votre écoute des mutations profondes du monde contemporain prend une valeur accrue et prémonitoire du fait des crises que nous vivons. » Dès les années 1990, Marc Augé alertait sur ce que l'Occident vit comme une crise d'identité, mais qui est bien au contraire une crise d'altérité : une incapacité à penser l'étranger. Le propos commun de l'exposition est l'exploration de ce mécanisme de construction identité/altérité par l'image. Il se traduit par une mise en regard d'étrangers photographiés comme nos contemporains et de Français saisis dans leur rôle autochtone.

Un tel dialogue, nécessaire à notre époque, passe par un questionnement des modes de représentation en usage dans la photographie documentaire. Marc Augé et Marc Lathuillière partagent en effet un même regard critique sur la « mise en spectacle du monde » diffusée par les médias. Dans ses séries, réinterprétations fictionnelles du reportage de voyage, le photographe détourne ainsi l'approche documentaire pour déjouer les stéréotypes, tant politiques qu'identitaires, qui formatent la représentation des sociétés contemporaines. Une démarche qui s'appuie sur la mission que Marc Augé assigne à l'anthropologue : observer dans les sociétés non ce qui disparaît mais ce qui se transforme. « L'humanité n'est pas en ruines, écrit-il, elle est en chantier ».

Publié le 28/06/2017


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